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Les océans absorbent une bonne part de nos émissions de CO2. Ils sont, avec les forêts, des pièges à carbone très efficaces. Mais cette efficacité a un coût écologique non négligeable qui transforme profondément le fonctionnement des écosystèmes marins.

En octobre dernier, Richard Kirby, océanographe à l’Université de Plymouth, alertait l’agence Reuters: “Si des changements similaires avaient lieu dans une forêt tempérée, nous serions choqués.” Dans de nombreuses régions, la biologie marine se modifie en effet rapidement.

Des écosystèmes marins chamboulés
Du plancton aux prédateurs, les chaînes alimentaires et la distribution des espèces dans la Mer du Nord, par exemple, ont bien changé en 50 ans. Les populations de cabillaud et de poissons plats ont largement diminué, tandis que les thons ont presque disparu. En parallèle, les méduses et les crabes colonisent progressivement les niches écologiques libérées.

Les écosystèmes côtiers sont, de leur côté, particulièrement menacés:

●    La pollution et un apport sans précédent de fertilisants azotés en provenance des terres agricoles et de l’élevage provoquent le développement régulier d’algues marines toxiques (les marées vertes) et des zones mortes privées d’oxygène, modifiant profondément la biologie des zones atteintes.

●    Haut lieu de l’activité biologique marine mondiale, 25 à 30 % des mangroves, des marais salants et des prairies sous-marines ont été détruits depuis les années 40. Ils pourraient disparaître d’ici vingt ans.

●    Les barrières de corail, où un quart des espèces marines vivent une partie de leur cycle de vie, risquent d’être les premiers grands écosystèmes à s’effondrer. La salinité, la température, les courants marins qui les nourrissent se modifient. Certains coraux perdent les organismes photosynthétiques avec lesquels ils vivaient en symbiose, cela provoque leur blanchiment. Ils deviennent plus fragiles, plus sujets aux maladies, plus friables et meurent. 30 % des récifs coralliens ont déjà été perdus.

Les écosystèmes marins disparaîtraient ainsi quatre fois plus vite que les forêts tropicales, selon certains experts. Pire! C’est dans ces conditions qu’ils doivent affronter un phénomène qui préoccupe les océanographes et biologistes du monde entier depuis une dizaine d’années: la chimie des eaux de surface se modifie.

Des eaux chaque jour plus acides
En effet, chaque jour les océans et la vie qu’ils abritent absorbent 22 millions de tonnes de CO2 atmosphérique. Ils capturent ainsi plus de la moitié du carbone biologique séquestré dans le monde. Sans eux, la concentration en CO2 de l’atmosphère serait bien plus élevée. Mais cet avantage dans la lutte contre les changements climatiques pourrait bien avoir un coût écologique important.
Le CO2 dissout dans l’eau forme, en effet, de l’acide carbonique, ce qui acidifie progressivement la surface des océans. Le pH de l’eau a ainsi diminué de 0,1 unité au cours des deux derniers siècles. Cela peut sembler dérisoire, mais cela représente une augmentation de 30 % de l’acidité. Si l’on prend le cas de l’être humain en bonne santé, la valeur du pH sanguin ne peut varier qu’entre 7,35 et 7,45. Pour la vie marine actuelle, le pH de l’eau de mer doit idéalement se situer entre 8 et 8,3. Or si les tendances se poursuivent et si nous continuons d’émettre toujours plus de C02 dans l’atmosphère, il pourrait atteindre 7,9 à la fin du siècle.

Réactions en chaîne…
Ce changement pourrait être catastrophique pour de nombreuses espèces essentielles au fonctionnement des écosystèmes marins, en particulier les organismes qui utilisent différentes formes de carbonate de calcium (du calcaire) pour construire leurs parties dures et leur squelette. L’acidification modifie en effet la disponibilité en carbonates. Les eaux les plus touchées pourraient même attaquer les coquilles et carapaces, un peu comme du vinaigre sur le calcaire de la bouilloire.
Richard Feely, chercheur au laboratoire de l’environnement marin de l’Océan Pacifique de Seattle, a mené une recherche sur la répartition du CO2 dans l’océan, 72 000 échantillons marins du monde entier ont été analysés. “Les changements qui devaient se produire d’ici la fin du siècle dans les océans, selon les modèles informatiques, ont déjà lieu le long de toutes les côtes du continent que nous avons observé. Il s’agit donc d’un problème actuel”, conclut-il. Si la tendance se poursuit, 10 % des eaux de l’Arctique seront trop corrosives pour certains organismes marins dans 10 ans.
Le plancton, certaines algues, les coraux, les mollusques sont concernés en premier lieu, puis les espèces qui cohabitent avec eux ou s’en nourrissent, comme des poissons ou mammifères marins. De nombreuses algues, bactéries et formes de vie primitives devraient s’en sortir sans trop de mal, mais nous ne savons pas si les autres espèces vont réussir à s’adapter ou migrer vers des eaux plus clémentes. Il faut en tout cas s’attendre à des bouleversements majeurs dans les chaînes alimentaires océaniques, ainsi qu’une perte de biodiversité importante, préviennent les scientifiques.

… jusqu’à l’homme
L’homme dépend bien sûr encore beaucoup de ces écosystèmes menacés, en particulier côtiers qui fournissent 50 % des pêches mondiales. Leur productivité leur permet d’assurer la subsistance de plus de trois milliards d’êtres humains. Quatre cent millions de personnes en dépendent directement. En plus de nous nourrir et d’absorber le CO2 atmosphérique, ils filtrent l’eau, limitent la pollution, protègent les côtes de l’érosion, diminuent les effets des catastrophes climatiques et sont à la base de nombreuses économies locales (pêche, tourisme, etc.) On estime la valeur de tous les services qu’ils nous fournissent à 25 milliards de dollars chaque année.
La situation est donc très préoccupante et, à la veille du Sommet de Copenhague, la communauté scientifique et les Nations Unies se mobilisent et multiplient les articles, les rapports et interventions. En effet, “les processus agissant sur la plus grande partie de la surface de notre planète [l'océan] sont rarement pris en compte dans le débat sur le changement climatique”, avertissent-ils. “Nous sommes en train de perdre ces importants écosystèmes – et ceci au moment même où nous en avons besoin.” Ils préconisent la mise en place d’un fond “carbone bleu” pour entretenir et restaurer les écosystèmes marins, ce qui nous permettrait de luter plus efficacement contre les changements climatiques, et insistent sur la nécessité de réduire nos émissions de CO2 de manière très ambitieuse afin de limiter le processus d’acidification.

(Source : youphil.com)

Fidèle à sa vocation innovatrice, le chantier naval de Tarare, qui fabrique des bateaux en Strongall – aluminium renforcé -, se lance un nouveau défi.

L’entreprise vient en effet de débuter la construction d’un bateau de voyage à propulsion hybride, équipé de deux moteurs diesel et d’un moteur électrique. Une première en France. L’ « Ecotroll 39 », conçu par l’architecte naval Jean-Pierre Brouns, long de douze mètres, répondra à la demande exprimée par des plaisanciers qui souhaitent à la fois faire des traversées longues mais aussi naviguer en canaux. La dimension écologique sera omniprésente puisque le toit du bateau sera équipé de 8 à 10 m2 de panneaux photovoltaïques et, en option, d’une voile « kyte » utilisée pour profiter, à 100 mètres de hauteur, des vents d’altitude. En guise de lancement, Méta prévoit un périple au Groenland, depuis Lyon, au printemps 2010.

Spécialisé dans la conception et la fabrication de bateaux diesel en aluminium, ODC Marine vient de prendre un virage vert en se lançant dans la production de bateaux électriques… depuis la Chine.

A l’origine d’ODC Marine, petite PME tricolore en Chine, il y a d’abord trois Français, Gildas Olivier, Stéphane Gonnetand et Laurent Fourré. En 2006, ils décident de monter leur chantier naval près du port maritime de Dalian pour être plus compétitifs mais aussi parce qu’ils espèrent trouver en Chine des “solutions électriques”. Fabricants de bateaux diesel, ODC Marine voit dans l’électrique un moyen supplémentaire de progresser sur le marché français où les constructeurs de bateaux électriques se comptent encore sur le doigt de la main. « En France, le marché des bateaux électriques ne s’est pas encore démocratisé, observe Gildas Olivier, l’un des trois actionnaires de la PME. On leur reproche leur coût trop élevé, leur autonomie trop faible et leur manque de puissance pour naviguer en mer. »
En achetant en Chine des batteries Lithium-fer-phosphate pour les intégrer à ses bateaux grâce à l’expertise des Chinois en la matière, ODC part déjà avec un atout de taille. Plus légères, moins polluantes à l’exploitation que les batteries au plomb, ces nouvelles batteries sont également équipées d’une valve de surpression qui garantit leur sécurité. Autre avantage : leur prix baissera si l’industrie automobile vient à les utiliser. Pour intégrer les batteries à la coque du bateau, ODC s’est associé avec le Chinois Sky Energy, spécialiste des batteries embarquées sur véhicules. « En Chine, il existe déjà une production industrielle de bus électriques, poursuit Gildas Olivier. Nous avons simplement eu besoin d’adapter les batteries utilisées pour les bus à notre bateau. » Quant aux moteurs à courant continu, également achetés en Chine, ils ont la particularité d’avoir un très bon rendement grâce à un refroidissement par eau et un aimant permanent.

Vers une production industrielle
Encore peu développé en France, le marché offre des débouchés intéressants du côté des collectivités, qui achètent vert dans le cadre de leur agenda 21, et des professionnels du transport à passagers, qui souhaitent attirer une clientèle nouvelle. De fil en aiguille, ODC a livré en septembre son premier bateau électrique professionnel “Ecocano” à Azur Croisières, une entreprise de promenade en bateau implantée à Sète. Pour ce premier modèle (10,8m sur 4m de large) de 52 passagers, d’une autonomie d’une journée, ODC a choisi la prudence en prévoyant, en cas de problème, de reconvertir la vedette en propulsion diesel. En raison de ses performances, le bateau se baladera non seulement sur les canaux de Sète mais aussi sur l’étang de Thau (considéré par sa taille comme une petite mer intérieure) pour visiter les parcs à huitres. Ses avantages : pas de rejets de polluants dans l’eau, pas de bruit, et la possibilité de le charger très facilement la nuit sur du 220V pour moins de 5 euros. Quant au prix d’achat, il est – c’est la politique de la maison – « le même que pour un bateau diesel ».
Après ce 1er test sur le marché français, ODC compte développer des gammes plus rapides et industrialiser la production. Pour faciliter les choses, la PME a signé un partenariat avec la société de leasing Sealease, qui financera la construction des bateaux, et les louera ensuite à des entreprises. A terme, ODC vise une dizaine de ventes de bus de mer de 50 ou 100 places par an. Reste un dernier problème à résoudre, qui concerne cette fois l’ensemble de l’industrie des véhicules électriques, le recyclage des batteries. Mais ça, c’est une autre affaire.

(Source : terra-economica.info)

plastic-garbageMardi, The New York Times, rubrique «Science».

Un article d’une journaliste freelance sur la pollution de l’océan Pacifique s’achève par cette inhabituelle note en italique : «Une partie des frais de reportage a été payée par les internautes de Spot.Us, une association à but non lucratif qui soutient les pigistes.» Spot.Us ? Un projet web du Center for Media Change, association basée à San Francisco, qui permet au public «de lancer des enquêtes grâce à des donations qui peuvent être déduites fiscalement, sur des sujets importants et négligés», dit le site internet.
C’est du «journalisme financé par la communauté» («community-funded journalism») : en plus du soutien financier et des appels aux dons sur une page Facebook, les internautes peuvent proposer les sujets des enquêtes, sous réserve de validation par les éditeurs du site.
L’article sur les déchets du Pacifique aurait recueilli 6 000 dollars provenant de plus de 100 donateurs, parmi lesquels des personnalités d’Internet comme le fondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, ou celui d’e-Bay, Pierre Omidyar.

(Source : Libé)

lile-daixDe mystérieuses fissures lézardent la tour, où la cuve de mercure a dû être évacuée en urgence.

A Pise, on raconte qu’une tour chancellerait ainsi depuis des siècles pour le plus grand bonheur des voisins. À l’inverse, si le phare d’Aix n’a pas encore le bec dans l’eau, la nouvelle de son possible effondrement fait trembler toute la petite communauté insulaire. Entre rumeurs et omerta, d’aucuns ont même annoncé qu’une pollution au mercure aurait déjà eu lieu le 4 septembre dernier parmi les eaux de la citadelle.
La vérité est à mi-chemin. Perché 45 mètres au-dessus de l’océan, cet édifice de calcaire vieux de 120 ans menace bel et bien de s’écrouler. Début septembre, c’est un contrôle de routine des agents de Phares et Balises (1) qui a confirmé les craintes des locaux, mettant notamment en évidence de sérieuses failles dans la tour.
Plus que le risque d’effondrement, c’est d’abord celui d’une fuite de mercure qui a alarmé les autorités. Comme dans la moitié des sémaphores français, l’optique du phare d’Aix repose en effet sur une cuve remplie de cet élément particulièrement toxique et volatil (lire ci-contre).
Équipés de masques et combinaisons étanches, des techniciens de Phares et Balises ont ainsi été expédiés en urgence vidanger le précieux liquide. Une opération minutieuse pourtant très vite compromise par la tempête qui soufflait alors sur l’île.

Lanterne de secours
Après cinq jours d’attente, les quatre litres de mercure seront enfin extraits et transférés à La Rochelle, sans qu’aucune goutte a priori ne s’échappe dans la nature. Depuis l’extinction du feu principal, c’est la lanterne de secours qui éclaire les navigateurs à travers les pertuis, mais beaucoup moins loin qu’auparavant, comme le signale une alerte retransmise sur leur radio embarquée. Et, malgré l’élimination du risque chimique, la situation ne devrait pas s’arranger.
Selon une note de la Direction départementale de l’équipement (DDE) que nous avons pu nous procurer, les fissures pourraient donc « lors d’un coup de vent, entraîner le basculement de l’ouvrage. » Un commentaire particulièrement inquiétant, relayé d’ailleurs par le témoignage des locaux ayant eu l’audace et l’autorisation d’escalader récemment le phare. « Au sommet, vous le sentez très nettement bouger lorsque le vent souffle », assure entre autres Alain Burnet, le maire de l’île, contraint d’imposer un périmètre de sécurité de trente mètres autour de l’édifice.
Parmi les hypothèses envisagées pour élucider cet éventuel scénario catastrophe, celle du mouvement de terrain est pour l’heure privilégiée. Sauf que, curieusement, aucune trace des plans de fondations ni de construction n’a été retrouvée aux archives.« Tout en poursuivant nos recherches, nous avons demandé à nos collègues du centre d’études de Bordeaux de truffer la tour de capteurs », explique l’un des cadres de Phares et Balises. « Il va désormais falloir attendre quelques semaines avant de savoir à quelle vitesse les fissures se développent. Mais c’est déjà un phénomène extrêmement rare. »

Un phare unique en France
Outre l’impact environnemental redouté, la chute du phare de l’île d’Aix serait enfin un fléau patrimonial. Doublé en 1906 d’un second édifice portant l’écran du fameux signal rouge, il reste ainsi le seul exemple en France de phare à deux tours séparées.

(Source : sud-Ouest)

lavezziL’Assemblée territoriale de Corse a voté à l’unanimité, jeudi 12 novembre, l’instauration d’une taxe forfaitaire de mouillage pour les bateaux de plaisance dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio.

Le président de l’Office de l’Environnement de Corse (OEC), Jérôme Polverini, a sollicité une adaptation législative pour la création d’une redevance afin de lutter contre la sur-fréquentation des zones de mouillage dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio.
Cette redevance qui s’élève à 20 euros le mètre et devrait entrer en vigueur le 1er juin 2010, devra être acquittée par tout navire ne justifiant pas d’un titre de stationnement dans un port de plaisance ou dans une zone de mouillage organisée en Corse du 1er juin au 30 septembre.
“Cette taxe relève du principe de pollueur-payeur”, a estimé M. Polverini. La fiscalité générée par cette redevance permettra de financer la gestion de la réserve naturelle et de créer les brigades bleues que préconise le Grenelle de la Mer.
L’OEC s’est inspiré du dispositif de taxation de la fréquentation maritime établi depuis 2006 par le Parc national de l’Archipel de la Maddalena, en Sardaigne, distant de quelques kilomètres des côtes corses. Pour éviter d’être redevables de cette taxe, de nombreux navires jettent l’ancre dans les eaux des Bouches de Bonifacio, engendrant une surfréquentation de l’aire maritime pendant la saison estivale, et des conséquences environnementales. En août, la baignade a ainsi été interdite plusieurs jours à Piantarella, plage située dans la réserve, à la suite d’une pollution de l’eau.
Cette taxe s’applique également à la réserve naturelle de Scandola, située sur la côte ouest de l’île et classée au patrimoine mondial de l’Unesco. La réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, créée en 1999, s’étend sur 79.460 hectares marins et terrestres. C’est la réserve la plus importante de France.
La loi du 22 janvier 2002 dote l’Assemblée de Corse de compétences spécifiques, dont l’adaptation législative. C’est la première fois que ce dispositif est employé par les élus territoriaux. Le texte définitif sera soumis aux ministères concernés avant d’être validé par le législateur.

Yvon ChouinardYvon Chouinard, fondateur de la marque d’outdoor suit sa voie depuis quarante-cinq ans : priorité à l’environnement. Rencontre avec un patron éco-responsable.

Chaussures de marche, jean vieilli et polaire Patagonia. Voici Yvon Chouinard, 71 ans, citoyen américain grimpeur et surfeur par passion, fondateur de la marque d’outdoor, patron presque malgré lui – 1 200 salariés, 315 millions de dollars de chiffre d’affaires. Militant incessant de la cause environnementale (il y consacre la moitié de son salaire), il est l’auteur d’un livre, traduit en neuf langues, au titre explicite : Let My People Go Surfing. Précepte qu’il s’applique à lui-même : il n’a pas mis les pieds à Ventura, le siège californien de l’entreprise, depuis mai dernier, partageant son temps entre le surf et la pêche à la mouche, dans les coins les plus reculés de la planète. Le rencontrer est toujours un exploit. Invité, le 4 novembre, des Rencontres du cinéma de montagne, à Grenoble, il a reçu L’Express dans une salle impersonnelle de l’école de commerce. Soudain au milieu coule une rivière…

Comment va Patagonia ?
Nous venons de faire deux des meilleures années que la société ait connues depuis longtemps ! L’an dernier, nos ventes ont augmenté de 10 %, pour 3 à 5 % traditionnellement, car nous faisons très peu de publicité. En période de crise, les consommateurs deviennent très conservateurs, ils achètent moins mais de meilleure qualité. Cela nous favorise.

Que pensez-vous de cette crise ?
Il y a deux ans, les seules actions que je possédais étaient liées à mon plan d’épargne-retraite. Depuis, avec cet argent, j’ai acheté des arbres dans le nord-ouest du Pacifique, en Amérique, le long de rivières à saumons. Il y avait un projet de les abattre, nous les avons sauvés d’une coupe claire. Quand les marchés financiers font du yo-yo, mes arbres, eux, continuent de croître !

La crise favorisera-t-elle une croissance plus verte ?
Non ! Le business reprendra ses droits. Ce sera très difficile pour les grandes firmes de changer. En revanche, je vois un bel avenir pour des sociétés comme la mienne, qui cherchent à produire plus vert. Je crois qu’une entreprise a une responsabilité sur la façon dont elle fabrique ses produits, mais aussi sur les produits eux-mêmes. Ainsi, par notre travail, nous essayons d’influencer les autres marques, comme Nike, Gap ou Levi’s. Nous avons écrit un guide sur une méthode plus respectueuse de l’environnement pour fabriquer des vêtements. Wal-Mart en est coauteur et va demander à ses fournisseurs d’appliquer le système de qualité qui en découle. Leur idée est d’afficher l’empreinte écologique de chaque vêtement, comme nous avons commencé à le faire.

Vous ne craignez pas le “greenwashing” (NDLR, un simple vernis écolo) ?
Wal-Mart s’engage, mais ne communique pas. Pour autant, je ne soutiens ni leur politique sociale ni leur modèle de développement. Mais je suis prêt à travailler avec n’importe quelle entreprise, même ExxonMobil, pourvu qu’elle souhaite adopter des pratiques plus vertes !

Vous avez fondé, en 2001, le club 1 % pour la planète, dont les entreprises versent chaque année 1 % de leur chiffre d’affaires à des causes environnementales…
Nous avons presque 1 300 membres aujourd’hui, répartis dans 40 pays. Chaque jour, nous comptons une entreprise de plus. L’an prochain, nous verserons de 17 à 18 millions de dollars à des associations de protection de l’environnement. Si le club n’existait pas, les deux tiers de cette somme n’auraient jamais été distribués.

Quels sont les prochains objectifs de Patagonia ?
Nous souhaitons éduquer nos clients à consommer moins et mieux. Notre contrat ? “Si vous achetez cette veste multifonctionnelle, elle durera longtemps ; si la fermeture Eclair lâche, nous la réparerons. Et si, un jour, vous en avez assez de porter cette veste alors qu’elle est encore en bon état, nous vous aiderons à la vendre ou à la donner. Et si vous l’avez usée jusqu’à la corde, rapportez-la dans nos magasins, nous la recyclerons.” Aigle, Millet, North Face, Patagonia : nous faisons tous les mêmes produits, avec les mêmes matières, fabriqués dans les mêmes usines. La seule différence, ce sont nos valeurs.

Vous avez également engagé Patagonia sur le marché du surf…
Nous visons, à terme, la moitié de notre activité dans les sports nautiques… Avec le réchauffement climatique, les gens iront davantage à la mer. J’ai fait du surf toute ma vie et je pense qu’il est possible d’améliorer les produits. Mon fils dessine des planches avec des matériaux différents et non toxiques ; et nous avons conçu une combinaison deux fois plus chaude et trois fois plus résistante. Nous allons également nous diversifier dans l’alimentaire. Notre premier produit sera du saumon sauvage, pêché à maturité par des Indiens, fumé légèrement, puis séché. Nous expliquerons sur l’emballage pourquoi il ne faut pas acheter du saumon d’élevage, toxique pour le consommateur et désastreux pour l’environnement.

Vous défendez toujours le principe d’une croissance raisonnable ?
Absolument. Cela étant, en Europe, nous sommes trop petits : vous ne trouvez pas Patagonia en Scandinavie et très difficilement en Grande-Bretagne. Nous ne voulons pas créer des besoins superflus, mais nous devons être plus efficaces pour répondre à la demande.

Patagonia restera-t-elle une société familiale ?
J’ai déjà refusé plusieurs offres de rachat. Ma force, c’est de posséder l’entreprise avec mon épouse. J’ai beaucoup plus de pouvoir que le patron d’une société cotée. Je suis libre. Je n’ai pas d’obligation de croissance ni de rendement. Mes deux enfants travaillent chez Patagonia. Mais, à notre disparition, l’entreprise sera transférée à une fondation.

(Source : L’express)

chabaudValentine Janin, correspondante pour le Petit économiste à La Rochelle, a rencontré Catherine Chabaud à l’occasion de la préparation du journal n°10 sur les initiatives écologiques en Poitou-Charentes (Catherine Chabaud est avec Nicolas Vanier le grand témoin de cette édition). Catherine Chabaud, navigatrice chevronnée, était la marraine du Grand Pavois 2009 ; elle a été la 1ère femme à boucler le Vendée Globe.

Comment nait votre engagement pour l’environnement ?
« Mes parents m’ont appris à faire attention à l’environnement. La passion de la mer qu’ils m’ont transmise mais aussi de la nature. Ils m’ont appris à regarder la nature que ce soit à Roscoff ou en Lozère. Puis mes années de course au large m’ont particulièrement sensibilisée. Quand on voit un papier de bonbons dans une rue à Paris, c’est énervant mais quand au beau milieu de l’Atlantique, j’ai découvert des déchets, là, j’ai piqué de sacrées colères.
Comme je suis de nature optimiste et que j’ai la chance que l’on m’ait tendu un micro pour m’interviewer, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens qui agissaient. Il y a dix ans on parlait des problèmes mais pas des solutions. En tant que journaliste, j’aime communiquer et j’ai eu envie d’agir. En 2002, j’arrête la course au large et j’ai pour projet de tourner des documentaires sur les solutions pour préserver la mer et le littoral. Et finalement Europe 1 accepte ma proposition de chroniques sur le développement durable dans son ensemble. L’envie de naviguer ne m’a pas quitté et me voilà partie pour fabriquer un bateau « propre » grâce à l’aide des travaux de recherche menées à l’université de Lorient. Un gros changement dans ma vie personnelle (je deviens maman) et mes projets changent. Je choisis de sortir, toujours avec l’université de Lorient, un dériveur en bio matériaux compostables et un outil d’éco-conception de bateaux de plaisance.

Comment vous retrouvez-vous chargée de mission pour Jean-Louis Borloo, ministre de l’environnement ?
Je l’ai rencontré il y a trois ans au salon nautique de Paris puis l’année d’après, au même endroit. Je lui ai fait des propositions de travail, lui aussi et il a décidé de me charger de cette mission sur le nautisme durable.

En quoi concrètement consiste ce “job” ?
Concrètement, l’objectif était de faire connaitre les initiatives des uns et des autres en créant un véritable réseau. Nous avons mis en place une campagne de sensibilisation «  J’apprends la mer, les lacs, les rivières » à destination des citoyens : apprendre à tenir compte de l’environnement, de la biodiversité mais aussi de la sécurité en milieu nautique (NDLR notamment avec Econav et Fleur de Paimpol).
Nous avons mis en place également des colloques sur l’éco-conception des bateaux avec les professionnels (NDLR Ces colloques ont rassemblé des coureurs au large, des architectes, des chercheurs, des fabricants…) Dans la confection des bateaux de course au large, les matériaux composites sont majoritairement issus des hydrocarbures. Les réflexions ont tourné autour d’un changement de comportement dans la conception grâce aux biomatériaux, à la biodégradabilité après broyage, à minimiser les dépenses d’énergie, à la diminution de la taille des bateaux de plaisance et à leur durabilité, aux transferts de technologie pour un développement humaniste et durable. Et à la demande du ministère, nous avons mené une réflexion sur la réforme du droit annuel de francisation et de navigation.

Quel bilan en tirez-vous ?
Je suis contente et j’ai le sentiment d’avoir fait un travail efficace, en faisant avancer les choses sans me tromper de route. Gagner des sous en travaillant dans le domaine qui me tient à cœur est loin d’être désagréable. J’ai eu une confiance totale de la part du ministère. Après avoir travaillé sur ces sujets pendant huit ans, j’avais le sentiment d’avancées millimétriques. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience et cela va plus loin. Aujourd’hui quand une solution est applicable quelque part, on la fait connaitre ailleurs. C’est du concret.

Et maintenant ?
Une nouvelle mission m’attend. Je vais participer au Comité opérationnel du Grenelle de la mer qui se met en place. Il y aura de nouvelles journées ports de plaisance et développement durable, avec une deuxième édition. La rédaction d’un cahier des charges fait gamberger les professionnels pour la conception des ports de demain et de nouvelles réflexions sont menées pour imaginer des ports propres. Les industries nautiques ont été montrées du doigt pendant longtemps or il n’y a pas qu’elles qui ont un impact environnemental. La question du nautisme durable s’étend bien sûr aux ports mais aussi au commerce maritime, au militaire et à tout ce qui vient de la terre. Les déchets, les pollutions chimiques, les pollutions agricoles, les macro-déchets, les stations d’épuration…80% de la pollution maritime a une origine terrestre ».

(Source : lepetiteconomiste.com)

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